Animation·Critiques Films·Dreamworks·Films

Critique – La Route d’Eldorado

Bon, qu’on se mette d’accord, j’adooore La Route d’Eldorado !

Troisième long métrage du studio d’animation Dreamworks, après Fourmiz et Le Prince d’Egypte, sorti en 2000, La Route d’Eldorado connu un succès mitigé. Pourtant je suis complètement fan de ce film, qui se situe à coup sûr aux marches du podium de mon classement des œuvres de Dreamworks animation.

 

Pour ceux qui habitent dans une grotte :

Dans un contexte de colonisation espagnole des Amériques, le film débute en 1519 à Séville. On y rencontre deux frères d’arme, Miguel et Tulio, escrocs à leurs heures perdues, en train de détrousser au jeu de dés (truqués bien entendu) les passants. Les deux complices viennent tout juste de gagner au jeu une mystérieuse carte menant aux confins d’une terre inconnue nommée Eldorado, quand les spectateurs se rendent compte de leur supercherie. Après une course poursuite mêlée à un jeu de comédien hors-pair, ils se retrouvent passagers clandestins du navire du grand conquistador Cortés, parti à la découverte des richesses du nouveau monde. Grace à un plan bien ficelé, ils réussissent à s’échapper du bateau, et dans leur fuite tombent sur un territoire inconnu, qui se trouvera être celui où se cache la mystérieuse et tant convoitée cité d’Eldorado.

carte
Un film d’aventure et de découverte, qui lie charme et comique avec grande habileté !

 

Pour aller plus loin :

Encore un film d’animation Dreamworks dont je suis épris, et encore une fois pour les mêmes raisons !

Des personnages adultes forts de café

Eh oui, contrairement au studio d’animation Disney et Pixar, Dreamworks met bien plus souvent en avant des personnages adultes aux personnalités déjà bien ancrées, et ce film d’animation en est la preuve tangible.

Miguel

Commençons par mon personnage préféré, celui en qui je m’identifiais plus jeune : l’enthousiaste et niais Miguel. On ne lui donne aucun background, à part son amitié avec Tulio. On comprend très vite qu’il détrousse les passants, avec l’aide de son fidèle acolyte, pour survivre dans les rues de Séville. Mais à la grande différence de son associé, il savoure la vie à chaque occasion, tel un grand optimiste. C’est pourquoi il n’hésitera pas une seconde à rejouer la somme gagnée au jeu afin de pouvoir mettre la main sur cette mystérieuse carte. Et c’est pour ça également qu’il profitera de la cité d’Eldorado au maximum en partageant des instants magiques avec sa population, s’amusant, jouant de la musique avec eux. Il ne prend aucune décision et ne fait que suivre les plans de Tulio sans discuter, tant que cela est en accord avec ses principes (qui ne volent pas bien haut non plus, rappelons-nous que c’est avant tout un escroc). Il est tout de même bien imprudent et prend des risques inconsidérés, comme se confronter aux traditions sanglantes du grand prêtre de l’Eldorado. Mais ce que j’aime avant tout chez lui c’est sa volonté d’explorer, de découvrir, sans se soucier des conséquences de ses choix, il fonce tête baissée à l’aventure. Et son design reflète tout de sa personnalité : le sourire constamment affiché, le regard malicieux, les habits de couleurs vives…

chemin2
« En avant Tulio, et suivons le chemin ! »

Tulio

Son compère Tulio le complète en tous points. Il est la tête pensante du duo, le sournois, le rusé. Il prévoit et échafaude des plans. A ce titre, son doublage français par José Garcia lui va à merveille (il est filou ce José). C’est son avidité sans limite qui le fera suivre Miguel à la recherche de l’Eldorado, puis qui le fera rentrer dans la combine de son acolyte de se faire passer pour des dieux auprès des autochtones de la cité aux mille merveilles. Son plan final étant d’amasser le plus de richesses et de se tirer dare-dare en Espagne. Il revêt pendant presque tout le film le costume de l’anti-héros parfait, jusqu’à la scène finale qui redorera son blason (on est quand même dans un film d’animation pour enfants !). En effet, son ultime plan consistera à bloquer l’accès de l’Eldorado aux conquistadors, quitte à perdre toutes les richesses accumulées. Néanmoins c’est lui qui apportera cette touche de comique, limite vulgaire par moment, qui me fait tant aimer cette œuvre.

Tulio 2
« Pas toucher ! »

Le duo marche donc très bien. Miguel, la cigale virevoltante de-ci de-là, Tulio, l’avide fourmi planificatrice. L’un apporte les directives, l’autre la bonne humeur. Ils se complètent à la perfection. Et on voit bien que leur dispute de fin de film ne tient pas, tant ils tiennent l’un à l’autre.

Tonneaux 2
« Il semblerait que nous soyons dans des tonneaux… C’est tout ce que je peux affirmer pour l’instant ! »

On notera tout de même, que malgré leurs filouteries, ils ont quand même une sacrée chance ! Quand leurs adversaires de jeu, durant la première scène, leur proposent un dernier round à jouer avec des dés non-truqués, ils parviennent à obtenir le nombre requis pour gagner. Quand les habitants de l’Eldorado attendent une preuve de leur pouvoir divin, un volcan entre en éruption puis s’arrête miraculeusement quand Tulio pousse un cri. Quand ils sont pourchassés par un jaguar géant, ils réussissent à lui jouer un tour et à s’en débarrasser. Bref, ce ne sont peut-être pas des dieux, mais ils ont tout de même une chance divine ! 

Chel

Cette jeune habitante de l’Eldorado sera fort utile aux deux compères, puisqu’elle leur apprendra à se conduire en dieu en accord avec les différentes traditions de la cité, en échange d’une part des richesses amassées par le duo. A malin, malin et demi ! Elle rajoute à l’histoire une touche de féminité, et, avant tout une touche sexy, compte tenu de certaines scènes et, il faut bien le dire, de son accoutrement (« Grrr » comme dirait Miguel) !

Elle
« Hum hum, peut-être auraient-ils dû appeler cet endroit Chel-dorado… »

Altivo

On peut rapidement parler d’Altivo, le compagnon hennissant des deux compères, qui s’ajoute à la liste incommensurable des animaux de compagnie débiles dans les films d’animation. Non mais sérieux, certaines de ses scènes m’ont fait éclater de rire, notamment celle où il se jette tête la première à la mer pour récupérer une simple pomme ! Au passage je viens d’apprendre qu’Altivo a droit à un doublage VO par Frank Welker, qui est en fait un des plus grands doubleurs d’animaux dans les films d’animation (comme quoi, si vous savez hennir, vous avez de l’avenir !).

altivo
T’es pas très malin, mais c’est comme ça qu’on t’aime ❤

Dès l’arrivée de Tulio et Miguel dans la cité d’or, on installe une rivalité entre les deux dirigeants de la ville : le chef Tannabok et le grand prêtre Tzekel-Khan. Ce dernier veut utiliser l’arrivée des prétendus dieux à l’Eldorado pour réaliser une certaine prophétie amenant à l’ère du jaguar. Celle-ci n’est pas très claire quant à son déroulement, mais nécessite selon le grand prêtre, un certain nombre de sacrifices. Ce à quoi le chef Tannabok se refuse, préférant la simplicité et le bonheur de la vie de ses citoyens. Je ne suis pas un grand fan du traitement du personnage du grand prêtre, ses intentions sont peu claires, et il apporte cette dose de magie dont le film aurait bien pu se passer. En revanche j’aime beaucoup le bedonnant chef Tannabok. On se rend compte vers la fin du film qu’il comprend la supercherie de Miguel et Tulio grâce à sa réplique « L’erreur est humaine » et son sourire en coin. Néanmoins il ne dévoilera pas cette tromperie au grand jour, à mon avis parce qu’il sait que celle-ci est finalement bénéfique au bien de son peuple. D’une part car les « faux dieux » remettent le grand prêtre à sa place et limitent son pouvoir sur les citoyens (notamment avec l’arrêt des sacrifices), d’autre part car il sait pertinemment que Miguel (le seul des « faux dieux » qui compte rester dans la cité) n’est pas une mauvaise personne et n’abusera donc en aucun cas de sa position.

Cortès

Pour finir, il nous reste le personnage de Cortés. Il est finalement peu développé, et le peu qu’on voit de lui nous permet de comprendre que ce n’est pas quelqu’un à contrarier. Il a le design d’un Ratcliffe à la Pocahontas, mais en beaucoup plus sombre, plus sadique, avec une voix puissante et ténébreuse en doublage VF.

Cortes
On valide le méchant !

 

Entre comédie, vulgarité et allusions sexuelles, un film d’animation pour petits et grands

Ce ne sont pas, en effet, les designs qui ont retenu mon attention sur cette œuvre (les paysages sont sympas mais sans plus, la cité d’or est plutôt bien dépeinte, mais rien d’extravagant à ce niveau) mais bien le comique et le timbre plus adulte qu’il propose. Au niveau de la comédie on a de quoi faire : les pauses hilarantes que peut prendre notre cher Miguel, le coup de la mouette malade qui se fait bouffer par un requin devant les regards affamés de nos protagonistes, la fameuse réplique qui m’est devenue culte « Je suis vivant ; Je suis toujours vivant ! »… Un régal !

mouette
Qu’est-ce que vous en auriez fait de cette pauvre mouette dans tous les cas ? La bouffer crue ?!

Mais surtout, et c’était un des premiers films d’animation à oser cela, on retrouve un tas de grossièretés assumées et d’allusions sexuelles réservées à un public plus adulte. Je me souviens du tonitruant « Bon Dieu de MERDE » de Tulio quand celui-ci voit la coque d’un navire conquistador s’abattre sur sa petite barque, mais également de sa façon de traiter les crédules habitants de l’Eldorado de, je cite, « Pigeons ». Quant aux connotations sexuelles, on pensera à Chel qui se dandine sensuellement devant nos deux compères pour les pousser à l’intégrer à leur combine, et qui se lancera plus tard dans un massage des épaules de Tulio finissant en partie de jambes en l’air avant l’arrivée du grand prêtre dans le temple. Cette délicieuse autochtone n’hésitera pas non plus à embrasser non pas un, mais les deux complices durant le film. Notons également qu’on verra les deux paires de fesses de nos copains alors qu’ils courent nus à la recherche de leurs vêtements chipés par des singes. Et ma phrase préférée restera celle de Miguel faisant ses adieux à Tulio certain d’affronter la mort dans les prochaines minutes : « Au fait Tulio, je suis désolé pour cette fille à Barcelone… ». Enfin bref, des petites douceurs que je n’avais pas relevées étant enfant, et que j’ai pris plaisir à remarquer en visionnant de nouveau le film.

grr
Non mais sérieusement, qu’est-ce qu’il faut comprendre là ?

 

La mise en avant des coutumes et traditions pré-colombiennes

J’apprécie énormément dans ce film cette balance histoire/mythologie, assez récurrente chez Dreamworks. Ici on s’inspire clairement de l’ambiance historique de la conquête espagnole des Amériques. On la retrouve avec les armures reconnaissables des soldats de cette époque, et la figure éminente de Cortés, véritable conquistador qui s’est emparé de l’Empire aztèque. De plus, les habitants de l’Eldorado répondent aux véritables traditions Chibchas (une communauté précolombienne proche de celle des Aztèques) avec les rituels de sacrifice, de jet d’objets en or dans un cours d’eau, et surtout du jeu de pelote, consistant à se passer une balle en caoutchouc avec les hanches, les fesses et les coudes. A ce contexte historique vient se mélanger la légende de l’Eldorado, la mystérieuse cité d’or caché de tous. Cette légende fait tellement rêver que le film ne pouvait qu’attirer mon esprit d’aventurier en herbe.

pelotte
Bon, en vrai de vrai, mettre la balle dans l’anneau était considéré comme un exploit, mais ça passe plutôt bien dans le film !

 

Des musiques entraînantes (#HansZimmerForEver)

Pour finir, ce sont les musiques, et plus particulièrement les chansons, qui ont fait entrer ce film d’animation dans le panthéon de mes créations Dreamworks préférées.
Dès la scène d’intro on nous annonce la couleur, ce sera un film avec des chansons ! Celles-ci reprennent parfois les instrumentales méditerranéennes, faisant échos à l’instrument que joue Miguel, une mandoline je suppose, comme par exemple dans « Je t’adore ». La chanson mettant le plus en exergue la relation complice entre Miguel et Tulio est pour moi « C’est dur d’être un vrai dieu ». On y apprend alors toute l’ampleur de leur filouterie, le fait que toute leur existence n’a fonctionné que sur leur capacité à mentir et jouer la comédie, tout en profitant de la vie à leur façon. Mais ma chanson favorite de cet animé est sans conteste « Le Chemin ». Je ne m’en passe vraiment pas, c’est la chanson de l’Aventure, de la prise de risque, des rencontres fortuites, de la motivation à atteindre son objectif, son but ultime. Elle est bourrée d’énergie, et elle pourrait devenir sans hésitation une de mes chansons-réveil ! Allez, on se fait plaisir :

Enfin voilà, un film que je prends tellement de plaisir à voir et à revoir, seul ou accompagné. Un petit bijou, à mon sens, de la filmothèque Dreamworks.

 

Ma petite histoire :

Je n’étais pas bien grand quand j’ai découvert ce film. Celui-là je ne le possédais pas en cassette, je l’avais tout simplement vu à la télé puis enregistré (eh oui, l’enregistrement sur cassette vierge c’était le streaming du début des années 2000 !). Ça devait être en 2001 ou 2002. Mais je me souviens pertinemment que j’adorais ce film d’animation ! Tout me faisait rêver : l’aventure à la recherche de la cité perdue, la complicité de Miguel et Tulio, la charmante Chel (même si j’étais encore jeune pour tout comprendre aux passages un peu hot)… J’ai une histoire particulière avec ce film, puisque c’est lui qui a participé à la fondation d’une tradition que j’applique aujourd’hui encore : le film du dimanche soir. Je me souviens très bien du bain du dimanche que j’avais pris ce jour-là et du regard que j’avais lancé à ma mère juste après en lui disant : « Tu sais maman, c’est bien de regarder un petit film le dimanche soir, ça permet d’être motivé pour la nouvelle semaine d’école » (et c’était à ce film là que je pensais quand j’ai dit ça !). Elle avait trouvé ça tellement mignon qu’elle m’avait laissé regarder mon film, et c’est comme ça qu’une de mes plus chère tradition est née. Bon il n’était pas tard hein, juste 19h, peut-être moins, mais j’avais ma victoire, mon moment rien qu’à moi, ma source d’énergie pour affronter la nouvelle semaine.

Votre dévoué passionné,

The Red Squirrel

 

Pour d’autres critiques Dreamworks, c’est par ici :

Critique – Fourmiz

Critique – Sinbad : La Légende des Sept Mers

 

3 commentaires sur “Critique – La Route d’Eldorado

  1. Attention à ne pas confondre Film d’Animation et Anime (qui ne s’écrit pas avec un accent !) car ce sont deux choses actuellement différentes. Le premier correspond aux long-métrages d’animation cinématographiques, tandis que le second s’utilise pour les courts-métrages d’animation nippons en séries d’épisodes, comparables aux dessins animés Américo-européens.

    Amincalement,

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire